Mobilité sociale : l’ascenseur social est-il en panne ?

La mobilité sociale se mesure de deux façons, et elles ne disent pas la même chose. Comptée en catégories socioprofessionnelles, elle est stable en volume depuis quarante ans, pas en sens : 65 % des hommes de 35 à 59 ans n’occupent pas le même groupe que leur père. Comptée en revenus, elle est parmi les plus faibles des pays développés : 9,7 % des enfants des familles les plus modestes atteignent les 20 % les plus aisés, contre 38,4 % des enfants des familles favorisées. Un camp lit dans ces chiffres un point de départ qui décide de l’arrivée, l’autre un ascenseur qui marche, moins vite qu’on ne le voudrait. Voici les faits, puis les deux plaidoiries.

Par La rédaction du Contradictoire

En trois points

  1. En revenus, la France est l’un des pays développés où l’origine pèse le plus : 9,7 % des enfants des 20 % de familles les plus modestes atteignent les 20 % les plus aisés, quatre fois moins que les enfants des familles les plus aisées. Un enfant de cadre supérieur a 4,5 fois plus de chances qu’un enfant d’ouvrier d’être, en niveau de vie, parmi les 20 % les plus aisés.
  2. En catégories sociales, l’ascenseur fonctionne et ne s’est pas arrêté : 65 % des hommes ne sont pas dans le groupe de leur père, une part stable depuis 1977, et 28 % sont montés. Mais les descentes sont passées de 7 % à 15 %.
  3. Les ressources gratuites existent, et ce sont ceux qui en ont le plus besoin qui y accèdent le moins : sans diplôme, à âge égal, le risque d’illectronisme est 7 fois plus élevé qu’avec au moins un bac+3, 6,6 fois dans les 20 % les plus modestes par rapport aux 20 % les plus aisés, et environ un tiers des foyers éligibles au RSA ne le perçoivent pas. Qui doit faire le premier pas, aucun chiffre ne le dit.

Le mot à connaître, « méritocratie » : l’idée qu’une société distribue les places selon le travail et le talent de chacun, pas selon la naissance. Aucune statistique ne mesure le mérite. Ce que la statistique publique mesure, c’est l’inverse : le poids de l’origine, c’est-à-dire l’écart de chances entre deux enfants qui ne diffèrent que par leurs parents. Ce dossier parle donc de mobilité sociale, et non de mérite : des deux, c’est la seule qui se mesure.

1La question bête

Qu’est-ce que la mobilité sociale, et comment la mesure-t-on ?

C’est la distance entre la position d’un adulte et celle de ses parents. Tout dépend de ce qu’on appelle position. La mesure la plus ancienne compare les catégories socioprofessionnelles : en 2015, 65 % des hommes de nationalité française de 35 à 59 ans, en emploi ou ayant travaillé, relevaient d’un groupe différent de celui de leur père, une part « restée globalement stable depuis 40 ans », 64 % en 1977 [5]. Ce que cette mesure ne voit pas, c’est qu’une partie de ces mouvements vient du marché du travail lui-même : quand les emplois de cadres se multiplient et que les emplois agricoles disparaissent, des enfants changent de groupe sans que les chances relatives aient bougé. L’INSEE note que cette mobilité est « de moins en moins liée à l’évolution de la structure du marché du travail » : la mobilité « non verticale », notamment entre indépendants et salariés, ne concerne plus que 23 % des hommes en 2015, contre 33 % en 1977, tandis que montées et descentes entre groupes de salariés sont toutes deux plus fréquentes [5].

La mesure la plus récente compare les revenus, et elle regarde autre chose : non pas combien d’enfants changent de place, mais qui arrive où selon d’où il part. Concrètement, on classe les parents en cinq tranches de revenu, on classe les enfants devenus adultes dans leur propre génération, et on regarde qui a changé de tranche. Résultat pour les enfants nés dans les années 1970 : « seuls 9,7 % des enfants issus des 20 % des ménages aux revenus les plus faibles se retrouvent parmi les 20 % des ménages les plus aisés à l’âge adulte, soit 4 fois moins que les enfants des 20 % des parents les plus aisés » [1]. Pour la génération née en 1990, mesurée plus tôt, à 28 ans, sur le revenu individuel et dans sa propre classe d’âge, l’INSEE trouve 12 % [3]. Les deux chiffres ne se comparent pas terme à terme, ils racontent la même chose : monter tout en haut depuis tout en bas arrive, et les deux mesures tournent autour d’un enfant sur dix.

2En chiffres

Égalité des chances : combien montent, combien descendent ?

9,7 %
des enfants des 20 % de familles les plus modestes atteignent les 20 % les plus aisés à l’âge adulte
Nés dans les années 1970, revenus du ménage [1]
4,5 fois
plus de chances pour un enfant de cadre supérieur que pour un enfant d’ouvrier d’être parmi les 20 % les plus aisés
Niveau de vie à 27-44 ans selon la profession du père, près de 20 fois pour les 1 % [4]
65 %
des hommes de 35 à 59 ans ne sont pas dans le groupe socioprofessionnel de leur père en 2015
28 % ont monté, 15 % ont descendu [5]
15,4 %
des 15 ans ou plus en situation d’illectronisme en 2021, risque multiplié par 7 sans diplôme
INSEE, enquête TIC ménages [7]

Retenez le dernier chiffre du deuxième carreau. L’écart entre un enfant de cadre supérieur et un enfant d’ouvrier est de 4,5 pour entrer dans les 20 % les plus aisés, et de « près de 20 » pour entrer dans les 1 % [4] : plus on monte, plus l’origine compte. France Stratégie ajoute que l’âge, le sexe et l’ascendance migratoire, « si souvent mis en avant », ont des effets « finalement faibles, voire négligeables, par rapport au poids de l’origine sociale » [4]. Le canal principal est le diplôme : 30 % des jeunes dont les parents sont parmi les 20 % les moins favorisés obtiennent un diplôme du supérieur, contre 80 % des enfants des parents les plus favorisés [2].

L’autre face existe, et elle est mesurée aussi. Les femmes de 35 à 59 ans sont 39,8 % à occuper une position plus élevée que leur mère, contre 16,8 % en 1977 [5]. Les hommes sont 28 % à être montés par rapport à leur père, mais 15 % à être descendus, contre 7 % en 1977 [5]. Et parmi les adultes de 30 à 54 ans, 13 % déclarent avoir connu la précarité à l’adolescence ; parmi eux, près d’un sur trois a un niveau de vie parmi les 20 % les plus faibles, et 30 % se situent parmi les 40 % les plus aisés, une tranche qui contient par définition 40 % de la population [6].

3Le graphique
Deux enfants, deux origines : les chances d’arriver en haut.
Part des enfants qui atteignent les 20 % de ménages les plus aisés à l’âge adulte, et part qui obtiennent un diplôme du supérieur, selon que leurs parents étaient dans les 20 % les plus modestes ou les plus favorisés. Enfants nés dans les années 1970. Échelle de 0 à 100 %.
Atteindre les 20 % les plus aisés · parents modestes
9,7 %
Atteindre les 20 % les plus aisés · parents favorisés
38,4 %
Obtenir un diplôme du supérieur · parents modestes
30 %
Obtenir un diplôme du supérieur · parents favorisés
80 %
Sources : IPP, note n° 95, 2023 [1] ; CAE, Focus n° 123, Gustave Kenedi, 2025 [2]

Ce graphique se lit dans les deux sens. Les 9,7 % sont quatre fois moins que les 38,4 %, c’est le poids de l’origine. Mais 9,7 % n’est pas zéro, et 38,4 % n’est pas 100 : les enfants favorisés ne restent pas tous en haut non plus. Le diplôme fait l’essentiel de la différence, et il se joue avant le supérieur. « À résultats équivalents, les meilleurs bacheliers issus de milieux moins favorisés candidatent nettement moins aux formations les plus sélectives, en partie par autocensure ou par manque d’information sur les parcours possibles, mais aussi du fait des contraintes financières » [2]. Les deux barres du bas mesurent une probabilité selon l’origine, aucune ne mesure le travail fourni.

4Les deux camps↑ Sommaire

Méritocratie ou reproduction sociale : le débat, plaidoirie contre plaidoirie

Les deux camps s’appuient sur les mêmes mesures, celles de l’INSEE, de France Stratégie et de l’Institut des politiques publiques [1][3][4][5], et se séparent sur ce qu’elles prouvent. Deux plaidoiries, à égalité de place : « Le point de départ décide de l’arrivée, et les ressources gratuites n’atteignent pas ceux qu’elles visent » · « L’ascenseur marche, moins vite qu’on ne voudrait, et il se prend »

Camp A · partisans de l’aller-vers, aide publique portée jusqu’aux personnes

« Le point de départ décide de l’arrivée, et les ressources gratuites n’atteignent pas ceux qu’elles visent »

  • La France est un pays à faible mobilité. Avec 9,7 % d’enfants modestes qui atteignent le haut, elle se place « parmi les pays de l’OCDE où la mobilité intergénérationnelle est la plus faible (lorsque cette information existe), seulement devant les États-Unis et l’Italie » [1]. L’origine sociale pèse bien plus que l’âge, le sexe ou l’ascendance migratoire [4].
  • Le tri se fait avant que l’effort compte. Les enfants de familles défavorisées ont « 2,5 fois moins de chances d’obtenir un diplôme du supérieur » [1], et les meilleurs bacheliers modestes s’autocensurent à résultats égaux [2]. Pour ce camp, dire « la bibliothèque est ouverte » à quelqu’un que son parcours n’a pas préparé à y entrer n’est pas une égalité des chances.
  • Les ressources « déjà là » sont les moins accessibles à ceux qu’elles visent. Sans diplôme, à âge égal, le risque d’illectronisme est 7,0 fois plus élevé qu’avec un bac+3 ; dans les 20 % les plus modestes, 6,6 fois [7]. Un tiers des foyers éligibles au RSA ne le perçoivent pas, entre 33 et 37 % fin 2021, soit 560 000 foyers [9].
    Le détail des chiffres

    En 2021, 15,4 % des 15 ans ou plus étaient en situation d’illectronisme, et 28 % des usagers d’Internet avaient des capacités numériques faibles [7]. Pour ce camp, une ressource en ligne est une ressource fermée pour 15 % des personnes de 15 ans ou plus.

  • La pauvreté se transmet, même à famille comparable.Un adulte qui a connu la précarité à l’adolescence a un risque de pauvreté en conditions de vie 2,25 fois plus élevé, et « à environnement familial comparable [...] le risque de pauvreté reste toujours 1,6 fois plus élevé » [6]. Pour ce camp, le désavantage survit à tout ce qu’on sait contrôler : c’est à la collectivité d’aller vers les personnes.
S’appuie sur : IPP (note n° 95), France Stratégie (notes n° 68 et 142), INSEE (illectronisme), DREES (non-recours au RSA), CAE.
Camp B · partisans de l’initiative individuelle, ressources existantes à mieux faire connaître

« L’ascenseur marche, moins vite qu’on ne voudrait, et il se prend »

  • Deux tiers des hommes de 35 à 59 ans ne sont pas dans la catégorie de leur père. 65 % des hommes et 70,5 % des femmes de 35 à 59 ans ont changé de groupe socioprofessionnel, et la part des femmes montées par rapport à leur mère est passée de 16,8 % en 1977 à 39,8 % en 2015 [5]. Pour ce camp, deux tiers de mobilité ne sont pas une panne.
  • Un enfant modeste sur dix arrive en haut. 9,7 % dans les 20 % les plus aisés pour les nés dans les années 1970 [1], 12 % pour les nés en 1990, mesurés à 28 ans [3]. Et parmi ceux qui ont connu la précarité adolescente, 30 % se situent parmi les 40 % les plus aisés à l’âge adulte [6]. Pour ce camp, une chance sur dix ou sur trois n’est pas un verrou.
  • Bouger paie. L’IPP écrit : « Les individus nés de parents aux revenus les plus faibles et qui déménagent vers un département à hauts revenus atteignent en moyenne le même niveau de revenu que les enfants de familles aisées qui n’ont pas déménagé » [1]. L’INSEE trouve de même que la mobilité géographique pendant l’enfance et la résidence en Île-de-France à la majorité favorisent l’ascension [3]. Pour ce camp, le déménagement est une décision à la portée des familles.
  • Les ressources montent en charge, et l’exemple se propage. La culture financière des adultes progresse depuis 2021, de 12,17 à 12,82 sur 20, et le passeport EDUCFI doit être généralisé à tous les élèves de 4e à la rentrée 2026 [8]. Et « lorsqu’un élève est admis dans une formation du supérieur, cela augmente la probabilité que les lycéens de la promotion suivante tentent à leur tour d’y entrer » [2].
    Le détail des chiffres

    Score de culture financière des 18 ans ou plus : 12,17/20 en 2021, 12,45 en 2023, 12,82 en 2026, 14e rang sur 39 pays en 2023 ; 1,8 million de jeunes sensibilisés en dix ans [8]. Pour ce camp, la preuve que l’information circule quand on la met à disposition.

S’appuie sur : INSEE (portrait social 2025, Insee Analyses n° 73), IPP (note n° 95), France Stratégie (note n° 142), Banque de France (EDUCFI), CAE.

Camp A : 326 mots, 6 sources · Camp B : 374 mots, 6 sources

5Vrai ou faux ?↑ Sommaire

Trois idées reçues, au banc d’essai

« L’ascenseur social est en panne. »

Selon la mesure

Il monte et il descend. En catégories sociales, la mobilité est stable depuis quarante ans, 65 % des hommes en 2015 comme 64 % en 1977, et les femmes montent bien plus qu’avant par rapport à leur mère [5]. Ce qui a changé, c’est le sens : les descentes des hommes sont passées de 7 % à 15 % [5]. En revenus, en revanche, la France est « parmi les pays de l’OCDE où la mobilité intergénérationnelle est la plus faible » [1]. La réponse dépend de la mesure qu’on retient.

« En France, le mérite ne paie pas. »

Non mesurable

Aucune statistique ne mesure le mérite. Ce qui est mesuré, c’est le poids de l’origine à résultats égaux : un enfant de cadre supérieur a 4,5 fois plus de chances qu’un enfant d’ouvrier d’être, en niveau de vie, parmi les 20 % les plus aisés [4], et les meilleurs bacheliers modestes candidatent moins aux formations sélectives « à résultats équivalents » [2]. Cela établit que l’origine compte, pas que le travail ne compte pas : les deux se cumulent, et les sources ne les séparent pas.

« Les ressources gratuites sont à la portée de tous : internet, bibliothèques, aides. »

Vrai, mais peu saisies

Elles existent, et leur usage est très inégal. En 2021, 15,4 % des 15 ans ou plus étaient en situation d’illectronisme, avec un risque 7,0 fois plus élevé sans diplôme et 6,6 fois plus élevé dans les 20 % les plus modestes [7]. Entre 33 et 37 % des foyers éligibles au RSA ne le perçoivent pas [9]. Une ressource ouverte n’est pas une ressource saisie, et nos sources ne disent pas combien de ceux qui ne la saisissent pas le pourraient.

6Et chez les voisins ?↑ Sommaire

Déterminisme social : la France fait-elle pire que ses voisins ?

Sur les revenus, oui, d’après la seule comparaison que nos sources construisent. L’IPP place la France, avec ses 9,7 %, « parmi les pays de l’OCDE où la mobilité intergénérationnelle est la plus faible (lorsque cette information existe), seulement devant les États-Unis et l’Italie » [1] ; Gustave Kenedi, dans un Focus du Conseil d’analyse économique, la situe « à un niveau comparable aux États-Unis, au Royaume-Uni ou à l’Italie » [2], un classement qui, l’auteur le précise, peut varier selon l’indicateur retenu. L’autre indicateur de ces comparaisons, la corrélation entre le rang de revenu des parents et celui des enfants, est de 0,303 en France [1]. Ce classement dépend des données disponibles et des méthodes de chaque pays.

La comparaison la plus parlante est intérieure. « L’Île-de-France et les départements proches de la Suisse offrent davantage d’opportunités d’ascension économique, tandis que les Hauts-de-France et les départements de la côte méditerranéenne présentent plus de persistance. Ces variations spatiales sont fortement corrélées à la géographie du chômage en France » [1]. L’INSEE trouve la même carte pour la génération suivante : vivre en Île-de-France à sa majorité augmente les chances de monter, vivre dans les Hauts-de-France les réduit [3].

7Concrètement, pour vous↑ Sommaire

Le chiffre qui pèse le plus sur une trajectoire n’est pas 9,7 %, c’est 30 contre 80 : la part des jeunes qui obtiennent un diplôme du supérieur selon que leurs parents sont parmi les 20 % les moins ou les plus favorisés [2]. L’écart se creuse avant même la candidature, quand de bons bacheliers ne postulent pas aux filières sélectives « par autocensure ou par manque d’information » [2], et l’admission d’un élève d’un lycée augmente la probabilité que la promotion suivante candidate à son tour [2].

Sur la géographie, deux faits sont mesurés : les enfants qui ont déménagé avant leur majorité, ou qui vivent en Île-de-France à leur majorité, montent plus souvent [3] ; et ceux qui quittent un département pauvre pour un département riche atteignent en moyenne le revenu des enfants aisés restés sur place [1], une association, selon le mot de l’IPP, et non un effet mesuré du déménagement.

Concrètement, si vous avez droit au RSA sans le percevoir, vous n’êtes pas un cas isolé : un foyer éligible sur trois environ est dans cette situation, entre 33 et 37 % fin 2021 [9]. Et le passeport EDUCFI doit être généralisé à l’ensemble des élèves de 4e à partir de la rentrée 2026 [8].

8Établi / Disputé↑ Sommaire

Reproduction sociale : ce que les chiffres tranchent, et ce qu’ils laissent ouvert

Établi : le poids de l’origine sur les revenus, 9,7 % contre 38,4 %, 4,5 fois entre cadre et ouvrier, près de 20 fois pour le 1 % [1][2][4] ; la place de la France parmi les pays développés à faible mobilité de revenus, sous la réserve, posée par les deux sources, des données et des méthodes de chaque pays [1][2] ; la stabilité de la mobilité observée en catégories sociales depuis 1977 et la hausse des descentes, de 7 % à 15 % [5] ; le rôle du diplôme et de l’orientation [1][2] ; l’usage très inégal des ressources gratuites [7][9] ; la progression du score de culture financière [8].

Disputé : ce que la mobilité observée prouve. Pour un camp, 65 % de mobilité et 28 % d’ascensions montrent un ascenseur qui marche [5] ; pour l’autre, une partie de ces mouvements vient de la structure des emplois, et les chances relatives restent parmi les plus inégales [1][5]. Disputé aussi : l’effet des ressources gratuites, dont nos sources mesurent la diffusion et l’usage, jamais l’effet sur une trajectoire. Et une question qu’aucun chiffre ne tranche : à qui revient le premier pas, à la personne ou à la collectivité.

9À retenir↑ Sommaire

En trois points

  1. En revenus, la France est l’un des pays développés où l’origine pèse le plus : 9,7 % des enfants des 20 % de familles les plus modestes atteignent les 20 % les plus aisés, quatre fois moins que les enfants des familles les plus aisées. Un enfant de cadre supérieur a 4,5 fois plus de chances qu’un enfant d’ouvrier d’être, en niveau de vie, parmi les 20 % les plus aisés.
  2. En catégories sociales, l’ascenseur fonctionne et ne s’est pas arrêté : 65 % des hommes ne sont pas dans le groupe de leur père, une part stable depuis 1977, et 28 % sont montés. Mais les descentes sont passées de 7 % à 15 %.
  3. Les ressources gratuites existent, et ce sont ceux qui en ont le plus besoin qui y accèdent le moins : sans diplôme, à âge égal, le risque d’illectronisme est 7 fois plus élevé qu’avec au moins un bac+3, 6,6 fois dans les 20 % les plus modestes par rapport aux 20 % les plus aisés, et environ un tiers des foyers éligibles au RSA ne le perçoivent pas. Qui doit faire le premier pas, aucun chiffre ne le dit.
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Sources

  1. [1] Institut des politiques publiques, Gustave Kenedi et Louis Sirugue, « La mobilité intergénérationnelle de revenus en France : une analyse comparative et géographique », note n° 95, octobre 2023 (9,7 %, quatre fois moins, place de la France dans l’OCDE, corrélation rang-rang 0,303, diplôme, géographie, revenu des enfants modestes qui déménagent).
  2. [2] Conseil d’analyse économique, Gustave Kenedi, « Mobilité intergénérationnelle en France : le rôle de l’orientation post-bac et des effets de pairs », Focus n° 123, novembre 2025, publié sous la responsabilité de l’auteur (38,4 %, 30 % contre 80 % de diplômés du supérieur, autocensure, effets de pairs).
  3. [3] INSEE, « Une nouvelle mesure de la mobilité intergénérationnelle des revenus en France », Insee Analyses n° 73, mai 2022 (12 % à 28 ans, trois fois plus de chances, facteurs favorables et défavorables).
  4. [4] France Stratégie, Clément Dherbécourt, « Nés sous la même étoile ? Origine sociale et niveau de vie », note d’analyse n° 68, juillet 2018 (4,5 fois, près de 20 fois, poids relatif de l’âge, du sexe et de l’ascendance migratoire).
  5. [5] INSEE, France, portrait social, édition 2025, fiche « Mobilité sociale », 18 novembre 2025, enquêtes Formation et qualification professionnelle 1977-2015 (65 % des hommes, 28 % montés, 15 % descendus, mobilité non verticale, femmes 39,8 %).
  6. [6] France Stratégie, Clément Peruyero, « La vie devant soi : adolescence précaire, avenir incertain ? », note d’analyse n° 142, juillet 2024 (13 % d’adolescents précaires, un sur trois dans les 20 % les plus faibles, 30 % dans les 40 % les plus aisés, risque 2,25 puis 1,6).
  7. [7] INSEE, Insee Première n° 1953 sur l’illectronisme en 2021, 22 juin 2023 (15,4 %, risque 7,0 fois sans diplôme, 6,6 fois dans les 20 % les plus modestes, 28 % d’usagers aux capacités faibles).
  8. [8] Banque de France, communiqués du 14 décembre 2023 et du 6 mai 2026 (scores de culture financière 12,17, 12,45 et 12,82 sur 20, 14e sur 39 pays, 1,8 million de jeunes, généralisation du passeport EDUCFI en 4e à la rentrée 2026).
  9. [9] DREES, « Le non-recours au RSA », Études et Résultats n° 1370, mai 2026 (taux de non-recours entre 33 et 37 % fin 2021, 560 000 foyers).

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