Immigration : combien, qui, et pour quel effet ?

Sur l’immigration, presque chaque chiffre du débat désigne une population différente. En 2025, 8,0 millions de personnes vivant en France sont immigrées, 6,3 millions sont étrangères et 9,6 millions sont nées à l’étranger : trois définitions, trois totaux, un seul pays. Côté flux, le ministère de l’Intérieur a délivré 377 462 premiers titres de séjour en 2025, en données provisoires, quand l’INSEE compte 313 000 entrées d’immigrés en 2024 ; le ministère prévient lui-même que ces deux chiffres ne se comparent pas. Quant au solde budgétaire, il change de signe selon ce qu’on met dedans. Voici les faits, puis les deux plaidoiries.

Par La rédaction du Contradictoire

  • Prochaine étape connue : chiffres définitifs des titres de séjour 2025 (les 377 462 sont provisoires) (31 janvier 2027)
  • Prochaine étape connue : données définitives de l’asile 2026 (30 juin 2027)

En trois points

  1. Les mots ne désignent pas les mêmes personnes : 8,0 millions d’immigrés, dont un tiers sont français, 6,3 millions d’étrangers, dont près d’un million sont nés en France, et 9,6 millions de personnes nées à l’étranger. La hausse apparente de 440 000 immigrés entre 2023 et 2024 tient en bonne part au changement de protocole du recensement, dont l’INSEE chiffre l’effet à 242 000 personnes : à méthode inchangée, la hausse est de 198 000.
  2. Les flux vont dans deux sens selon l’instrument : 377 462 premiers titres de séjour délivrés en 2025, 9,2 % de plus qu’en 2024, et 313 000 entrées d’immigrés en 2024, 10 % de moins qu’en 2023. Ce que la statistique ne mesure pas compte autant : le solde migratoire des trois dernières années est une convention reconduite, les sorties ne sont pas observées, et le ministère écrit que l’immigration irrégulière est « impossible à mesurer précisément ».
  3. Sur les comptes publics, la seule comparaison internationale que nous ayons trouvée porte sur la moyenne 2006-2018 : la contribution nette des personnes nées à l’étranger y va de +0,25 point de PIB, hors biens publics purs, à −0,85 quand on y ajoute la défense et les intérêts de la dette, où les natifs sont à −3,25. Les deux camps tirent de ce même tableau des conclusions opposées.

Le mot à connaître, « immigré » : une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. Deux conséquences directes de cette définition. On reste immigré toute sa vie, même après avoir acquis la nationalité française : c’est le cas d’un tiers d’entre eux [1]. Et un étranger, c’est-à-dire une personne qui n’a pas la nationalité française, n’est pas forcément un immigré : 953 000 personnes sont nées en France sans être françaises [1]. Le recensement, lui, compte « toutes les personnes résidant en France indépendamment de leur situation administrative » [1].

1La question bête

Combien de personnes immigrées vivent en France, et comment le sait-on ?

Trois chiffres coexistent pour 2025, et ils sont tous exacts : 8,0 millions d’immigrés, soit 11,6 % de la population ; 6,3 millions d’étrangers, soit 9,1 % ; 9,6 millions de personnes nées à l’étranger, soit 14,0 % [1]. Ils diffèrent parce qu’ils ne comptent pas les mêmes gens. Concrètement, un enfant né à Lyon de parents portugais est étranger sans être immigré ; une Vietnamienne naturalisée française reste immigrée sans être étrangère ; un Français né à Genève n’est ni l’un ni l’autre, mais il est né à l’étranger : selon le chiffre retenu, la réponse change. Ces catégories bougent d’ailleurs sans qu’aucune personne ne se déplace : en 2025, 98 139 personnes ont acquis la nationalité française, en baisse de 5,3 % [9], et celles d’entre elles qui étaient immigrées ont cessé d’être étrangères sans cesser d’être immigrées.

Ces nombres viennent du recensement, et ils sont provisoires. L’INSEE prévient que ces estimations « ne permettent pas de calculer des évolutions d’une année sur l’autre » [1], et il a publié en juin 2026 une note pour expliquer pourquoi. Entre 2023 et 2024, la comparaison directe des chiffres donnait 440 000 immigrés de plus. Or le recensement avait changé de protocole : les réponses par internet ont augmenté de 12 points entre 2023 et 2025 chez les immigrés contre 5 points chez les non-immigrés, ce qui conduit à en recenser davantage à population inchangée. « À l’examen, une telle analyse s’avère biaisée », écrit l’INSEE, qui chiffre l’effet du changement de protocole à 242 000 personnes : corrigée, la hausse est de 198 000 [2].

2En chiffres

Stocks, flux, titres : que mesure-t-on au juste ?

8,0 millions
d’immigrés vivent en France en 2025, soit 11,6 % de la population
6,3 millions d’étrangers, 9,6 millions de personnes nées à l’étranger [1]
377 462
premiers titres de séjour délivrés en 2025, en données provisoires, en hausse de 9,2 % sur un an
Étudiants 31,0 %, familial 24,1 %, humanitaire 23,3 %, économique 13,5 % [5]
313 000
entrées de personnes immigrées en 2024, en baisse de 10 % sur un an
Sur 438 000 entrées au total, y compris des personnes nées en France et des Français nés à l’étranger [3]
52,1 %
des demandes d’asile aboutissent à une protection en 2025, devant l’OFPRA puis la CNDA
Taux synthétique de protection, mineurs accompagnés compris ; 47,1 % sans eux, 39,2 % en 2021 [6]

Retenez que les deux premiers carreaux ne se comparent pas. Le ministère de l’Intérieur l’écrit noir sur blanc : ses chiffres de titres de séjour et ceux de l’INSEE « ne sont donc pas directement comparables », parce que les titres ignorent les Européens, qui n’en ont pas besoin, et la plupart des mineurs, quand le recensement compte tout le monde ; et il ajoute qu’il « n’est donc pas correct de sommer les demandeurs d’asile et les détenteurs de titres de séjour car cet agrégat comprendrait des doubles comptes » [7].

Deux mesures manquent, et leur absence est documentée. Le solde migratoire, c’est-à-dire les entrées moins les sorties, n’est observé que jusqu’en 2022, où il s’établit à +271 000 [3] ; pour 2023, 2024 et 2025, l’INSEE publie +176 000, qui n’est pas une mesure mais la moyenne des trois derniers soldes connus pour la France hors Mayotte, hors choc ukrainien, reconduite trois fois [4]. Et le nombre de personnes en situation irrégulière n’existe pas : « Par construction, l’immigration irrégulière est impossible à mesurer précisément », écrit le ministère, qui ajoute que les interpellations et les obligations de quitter le territoire « peuvent aussi dépendre de l’activité des services en charge » [7].

3Le graphique
Contribution nette aux comptes publics : tout dépend de ce qu’on compte.
Contribution nette des personnes nées à l’étranger, France, moyenne 2006-2018, en points de PIB, selon l’OCDE. Les quatre lignes ne diffèrent que par la part des « biens publics purs », ceux dont le coût ne varie pas avec la taille de la population, comme la défense ou les intérêts de la dette, mise à la charge de chacun. La première les exclut tous, la dernière les compte tous. Les longueurs sont proportionnelles à la valeur absolue : le signe est porté par le chiffre, et la première ligne est la seule positive.
Hors biens publics purs
+0,25
Sauf défense et intérêts
−0,30
Sauf intérêts de la dette
−0,53
Tous biens publics purs
−0,85
Source : OCDE, Perspectives des migrations internationales 2021, tableaux 4.1 et 4.A.3 [11]

Ce tableau se lit dans les deux sens. Sur le périmètre étroit, la France est à +0,25 point de PIB, et l’OCDE écrit, dans notre traduction, que « dans tous les pays, les immigrés versent plus en impôts et cotisations que les États ne dépensent pour leur protection sociale, leur santé et leur éducation » [11]. Sur le périmètre large, elle passe à −0,85. Le même tableau donne les valeurs des natifs, hors du graphique dont elles dépassent l’échelle : +4,17 sur le périmètre de la première ligne, −3,25 sur le plus large, l’OCDE précisant, dans notre traduction, que « la plupart des pays étaient en déficit budgétaire sur les années 2006-2018 » [11]. Ce que ces quatre lignes prouvent est précisément ce que les deux camps discutent, et la rubrique 8 reprend les deux lectures.

4Les deux camps↑ Sommaire

Restreindre ou maintenir : le débat, plaidoirie contre plaidoirie

Les deux camps s’appuient sur les mêmes sources publiques, celles de l’INSEE, du ministère de l’Intérieur et de l’OCDE [1][5][7][11], et se séparent sur ce qu’elles prouvent. Deux plaidoiries, à égalité de place : « Les entrées baissent, l’apport démographique est réel, et le solde dépend du périmètre » · « Les flux sont élevés, mal maîtrisés, et le solde budgétaire est négatif »

Camp A · partisans d’une immigration plus restreinte et d’un contrôle renforcé

« Les flux sont élevés, mal maîtrisés, et le solde budgétaire est négatif »

  • Les titres de séjour repartent à la hausse. En 2025, 377 462 premiers titres ont été délivrés, 9,2 % de plus qu’en 2024, dont 88 001 pour motif humanitaire, en hausse de 56,8 % [5]. Le stock de titres valides atteint près de 4,5 millions fin 2025, et 944 495 renouvellements ont été accordés dans l’année [5]. Pour ce camp, la décision d’accueillir n’est plus vraiment prise : elle est constatée.
  • Les mesures d’éloignement sont peu suivies d’effet. En 2024, 145 107 mesures d’éloignement ont été prononcées et 21 196 éloignements exécutés, après révision [7][8]. Ces deux nombres ne se divisent pas : depuis la loi du 26 janvier 2024, une obligation de quitter le territoire reste exécutoire trois ans, si bien que les mesures d’une année s’exécutent sur les suivantes [7]. Là où le ministère publie lui-même le rapprochement, il donne 22 426 mesures prononcées contre 2 999 exécutées pour l’Algérie, 10 089 contre 1 658 pour le Maroc [7]. Pour ce camp, une règle qui ne s’applique pas n’est plus une règle.
    Le détail des chiffres

    En 2025, les éloignements progressent : 14 133 forcés (+13,5 %), 23 549 au total (+11,1 %), et 175 051 interpellations d’étrangers en situation irrégulière (+19,0 %) [8]. Le ministère n’établit aucun taux national d’exécution, et nous n’en calculons pas.

  • Le solde budgétaire est négatif sur le périmètre complet. Sur la moyenne 2006-2018, la contribution nette des personnes nées à l’étranger est de −0,85 point de PIB une fois comptés tous les biens publics purs, contre −0,17 en moyenne dans les pays étudiés [11]. Le Conseil d’analyse économique, dans un Focus qui n’engage que son auteur et synthétise la littérature, la juge « globalement négative sur la période 1979-2011 », tout en écrivant que la population immigrée « ne peut être tenue pour responsable du déficit primaire » [12]. Pour ce camp, un solde négatif reste un solde négatif, quel que soit celui des autres.
  • L’écart d’emploi persiste. Le taux de chômage des immigrés est de 11,7 % en 2024 contre 6,9 % pour les non-immigrés, et de 12,7 % pour les immigrés hors Union européenne [10]. En 2025, le taux d’activité des femmes immigrées est de 63 % contre 74 %, et leur taux d’emploi de 54 % contre 69 % [1]. Les contrats sont aussi plus courts : 14,5 % des immigrés en emploi sont en contrat à durée déterminée ou en intérim, contre 8,9 % des non-immigrés [10]. Pour ce camp, un apport qui ne se traduit pas en emploi stable ne finance pas le modèle social.
S’appuie sur : ministère de l’Intérieur (titres, éloignements), OCDE (contribution nette), Conseil d’analyse économique, INSEE (enquête Emploi).
Camp B · partisans d’une immigration maintenue et d’une priorité donnée à l’intégration

« Les entrées baissent, l’apport démographique est réel, et le solde dépend du périmètre »

  • La hausse récente tient en bonne part à un changement de méthode. L’INSEE a corrigé de 440 000 à 198 000 la hausse du nombre d’immigrés entre 2023 et 2024, et chiffre lui-même l’effet du nouveau protocole du recensement à 242 000 personnes [2]. Et les entrées d’immigrés diminuent : 313 000 en 2024, 10 % de moins qu’en 2023, après −9 % l’année précédente [3]. Pour ce camp, le débat s’emballe sur une courbe qui redescend.
  • La contribution est positive sur ce qui est attribuable. En moyenne sur 2006-2018, la contribution nette va de +0,25 point de PIB hors biens publics purs, où les natifs sont à +4,17, à −0,85 quand on les compte tous, où les natifs sont à −3,25 [11]. L’OCDE écrit, dans notre traduction, que « dans tous les pays, les immigrés versent plus en impôts et cotisations que les États ne dépensent pour leur protection sociale, leur santé et leur éducation » [11]. Pour ce camp, le signe dépend de la convention comptable, pas des personnes.
    Le détail des chiffres

    Les deux périmètres intermédiaires de l’OCDE : −0,30 en ajoutant les biens publics purs sauf la défense et les intérêts de la dette, −0,53 sauf les intérêts [11]. Le Conseil d’analyse économique situe la contribution nette dans une fourchette de « ± 0,5 % du PIB » [12].

  • Sans immigration, la population décroît déjà. Le solde naturel est négatif depuis 2025, une première depuis la Seconde Guerre mondiale [4]. Dans les projections de l’INSEE, la croissance de la population jusqu’en 2037 « tiendrait exclusivement au solde migratoire » [13]. Le COR chiffre l’enjeu pour les retraites : un solde de 230 000 par an au lieu de 150 000 allégerait les dépenses du système de 1,1 point de PIB en 2070 [13]. Pour ce camp, c’est un apport démographique mesuré.
    Les réserves du Conseil d’orientation des retraites

    Le COR pose trois limites. Il note qu’un solde migratoire plus élevé a un effet « atténué à plus long terme par la hausse des dépenses induite par un nombre de retraités plus élevés » ; le solde observé sur vingt ans, +100 000 par an, connaît des « évolutions particulièrement volatiles et heurtées » ; et une fécondité de 1,7 enfant par femme au lieu de 1,45 déplacerait les dépenses du même ordre, 1 point de PIB en 2070 [13].

  • Les immigrés qui arrivent sont plus diplômés que la moyenne. Parmi les immigrés entrés en 2024 et âgés de 25 ans ou plus, 51 % sont diplômés du supérieur, contre 34 % de l’ensemble de la population du même âge [1]. Et en 2025, le taux d’activité des hommes immigrés, 80 %, dépasse celui des hommes non-immigrés, 78 % [1]. Pour ce camp, le déficit d’emploi est un problème d’accès, pas de qualification.
S’appuie sur : INSEE (recensement, note de rupture, flux, projections), OCDE (contribution nette), Conseil d’analyse économique, Conseil d’orientation des retraites.

Camp A : 434 mots, 7 sources · Camp B : 475 mots, 7 sources

5Vrai ou faux ?↑ Sommaire

Trois idées reçues, au banc d’essai

« Le nombre d’immigrés a explosé ces dernières années. »

En partie, et moins que ne le disait la première estimation

La part des immigrés augmente sur longue période : 7,3 % en 1999, 11,6 % en 2025 [1]. Mais le bond récent était en partie un artefact : la hausse apparente de 440 000 personnes entre 2023 et 2024 tombe à 198 000 une fois corrigé le changement de protocole du recensement, et l’INSEE écrit que l’analyse d’octobre 2025 « s’avère biaisée » [2]. Les entrées d’immigrés, elles, baissent de 10 % en 2024 [3].

« On sait combien de personnes sont en France illégalement. »

Faux

Le ministère de l’Intérieur écrit : « Par construction, l’immigration irrégulière est impossible à mesurer précisément » [7]. Les indicateurs disponibles mesurent autre chose : 175 051 interpellations en 2025 [8], 145 107 mesures d’éloignement prononcées en 2024 [7], et le nombre de bénéficiaires de l’aide médicale de l’État, 458 681 fin septembre 2025 [14], que le ministère juge « l’approche la plus aboutie » tout en précisant qu’elle « ne permet pas, en lui-même, d’évaluer précisément le nombre de personnes en situation irrégulière » [7].

« L’immigration coûte des milliards à la France chaque année. »

Selon le périmètre, et pas en euros dans les sources lues

Aucun document lu ne chiffre en euros ce que l’immigration coûterait ou rapporterait, net, à la France. La seule comparaison internationale que nous ayons trouvée raisonne en points de PIB et donne quatre valeurs pour la France, en moyenne sur 2006-2018, selon ce qu’on inclut : +0,25, −0,30, −0,53 et −0,85 [11]. Elle date de 2021 ; l’édition 2025 ne comporte pas de chapitre budgétaire. Le budget de l’État, lui, ne répond pas à la question : la mission budgétaire dédiée pèse 2,1 milliards d’euros et le document de politique transversale 7,7 milliards, mais ces documents ne portent que des dépenses [14] : un solde calculé sur eux n’aurait pas de volet recettes.

6Et chez les voisins ?↑ Sommaire

La France accueille-t-elle plus que ses voisins européens ?

Sur les stocks, l’INSEE situe la France dans la moyenne : avec « 9,4 % d’étrangers et 14,0 % de personnes nées à l’étranger, la France se situe ainsi dans la moyenne européenne », contre 9,5 % et 14,4 % pour l’Union européenne [1]. Une réserve sur le premier de ces deux chiffres : les 43,0 millions d’étrangers dont l’INSEE tire ce 9,5 % correspondent, dans les fichiers d’Eurostat, au 1er janvier 2024, la cellule 2025 y étant vide [15]. Nous le signalons sans pouvoir l’expliquer. Le Luxembourg est à 47 % d’étrangers, et ils représentent moins de 3 % de la population en Pologne, en Slovaquie, en Roumanie, en Bulgarie et en Hongrie [1]. La même page publie par ailleurs, pour la France et à la même date, 9,1 % d’étrangers selon sa propre estimation, contre les 9,4 % de l’extraction Eurostat. Nous publions les deux.

Sur les flux, la comparaison est plus fragile qu’il n’y paraît. Eurostat n’a pas publié d’agrégat européen au 1er janvier 2025, ni pour les étrangers ni pour les premiers titres [15] : comparer la France 2025 à l’Europe 2024 n’aurait pas de sens. Et les définitions divergent : Eurostat écrit que les bénéficiaires de la protection temporaire « ne sont inclus dans aucune des statistiques de titres de séjour » [15] : les 49 916 autorisations provisoires de séjour détenues par des Ukrainiens fin 2025 ne figurent donc dans aucun de ces décomptes, ni ici ni à Bruxelles [5]. Sur l’asile, le ministère publie une comparaison 2024 : 250 615 demandes d’asile en Allemagne, 166 175 en Espagne, 158 605 en Italie, 157 945 en France [7].

7Concrètement, pour vous↑ Sommaire

Si vous cherchez à situer un chiffre entendu dans le débat, la première question est celle du périmètre. Un total en millions renvoie à un stock de personnes présentes : 8,0 pour les immigrés, 6,3 pour les étrangers, 9,6 pour les personnes nées à l’étranger [1]. Un total en centaines de milliers renvoie à un flux annuel : 377 462 premiers titres délivrés en 2025 [5], ou 313 000 entrées d’immigrés en 2024 [3]. Ces deux flux ne s’additionnent pas et ne se comparent pas [7].

La deuxième question est celle de la date de mesure. Les chiffres du ministère paraissent en deux temps, et pas au même rythme selon le sujet : les titres de séjour sont estimés en janvier, provisoires en juin et définitifs en janvier suivant [5], quand les indicateurs de l’asile sont provisoires en janvier et définitifs en juin de l’année suivante [6]. Pour 2025, le chapô de la publication de juin sur les éloignements a d’ailleurs gardé les pourcentages de janvier, que son propre corps de texte corrige [8]. Et les chiffres de l’INSEE sont provisoires jusqu’aux résultats définitifs du recensement, connus 42 mois après la date de référence, et 30 mois à partir de 2027 [1].

Concrètement, pour les projections, retenez que ce ne sont pas des prévisions : l’INSEE le dit lui-même. Son hypothèse centrale d’un solde migratoire de +150 000 par an est encadrée par une fourchette de ±80 000, et l’institut croise trois valeurs pour chacune de ses trois composantes, soit 27 scénarios [13].

8Établi / Disputé↑ Sommaire

Immigration : qu’est-ce que les chiffres tranchent, et que laissent-ils ouvert ?

Établi : les stocks et leurs définitions, 8,0, 6,3 et 9,6 millions [1] ; la rupture de série de 2024 et la hausse corrigée de 198 000 [2] ; les flux mesurés, 313 000 entrées en 2024 et leur baisse [3], 377 462 premiers titres en 2025 et leur hausse [5] ; le taux synthétique de protection de 52,1 % [6] ; les mesures d’éloignement prononcées et exécutées [7][8] ; l’écart de chômage entre immigrés et non-immigrés et sa réduction depuis 2014 [10] ; les quatre valeurs de la contribution nette sur 2006-2018 et la position des natifs [11] ; le rôle du solde migratoire dans la croissance de la population jusqu’en 2037 [13].

Disputé : ce que le solde budgétaire prouve. Pour un camp, le périmètre complet est le bon, parce que la défense et les intérêts de la dette sont des dépenses publiques qu’il faut bien financer, et sur ce périmètre le solde est négatif ; pour l’autre, ce même périmètre rend les natifs négatifs aussi, ce qui en dit plus sur le déficit public que sur les personnes [11]. Disputé aussi : le niveau des flux, qui monte en titres délivrés et baisse en entrées recensées, deux mesures que les institutions déclarent incomparables [3][5][7]. Et une question qu’aucun chiffre ne tranche : combien de personnes la France devrait accueillir, et selon quels critères.

9À retenir↑ Sommaire

En trois points

  1. Les mots ne désignent pas les mêmes personnes : 8,0 millions d’immigrés, dont un tiers sont français, 6,3 millions d’étrangers, dont près d’un million sont nés en France, et 9,6 millions de personnes nées à l’étranger. La hausse apparente de 440 000 immigrés entre 2023 et 2024 tient en bonne part au changement de protocole du recensement, dont l’INSEE chiffre l’effet à 242 000 personnes : à méthode inchangée, la hausse est de 198 000.
  2. Les flux vont dans deux sens selon l’instrument : 377 462 premiers titres de séjour délivrés en 2025, 9,2 % de plus qu’en 2024, et 313 000 entrées d’immigrés en 2024, 10 % de moins qu’en 2023. Ce que la statistique ne mesure pas compte autant : le solde migratoire des trois dernières années est une convention reconduite, les sorties ne sont pas observées, et le ministère écrit que l’immigration irrégulière est « impossible à mesurer précisément ».
  3. Sur les comptes publics, la seule comparaison internationale que nous ayons trouvée porte sur la moyenne 2006-2018 : la contribution nette des personnes nées à l’étranger y va de +0,25 point de PIB, hors biens publics purs, à −0,85 quand on y ajoute la défense et les intérêts de la dette, où les natifs sont à −3,25. Les deux camps tirent de ce même tableau des conclusions opposées.
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Sources

  1. [1] INSEE, « L’essentiel sur… les immigrés et les étrangers », paru le 25 juin 2026 (8,0 millions d’immigrés et 11,6 %, 6,3 millions d’étrangers et 9,1 %, 9,6 millions de personnes nées à l’étranger, un tiers de naturalisés, série depuis 1921, activité et chômage en 2025, diplôme des entrants, comparaison européenne, méthode du recensement).
  2. [2] INSEE, « Rupture de série dans la mesure des populations immigrées », note méthodologique, 4 juin 2026 (hausse apparente de 440 000, hausse corrigée de 198 000, effet du protocole de collecte, +12 points de réponses par internet).
  3. [3] INSEE, Chloé Pariset, « Flux migratoires », Insee Première n° 2107, 4 juin 2026 (438 000 entrées et 313 000 entrées d’immigrés en 2024, baisse de 10 %, solde migratoire de 2022, données non disponibles pour 2023 et 2024).
  4. [4] INSEE, Hélène Thélot, Bilan démographique 2025, Insee Première n° 2087, janvier 2026 (solde migratoire provisoire de +176 000 et sa convention de calcul, solde naturel de −6 000).
  5. [5] Ministère de l’Intérieur, DGEF, « Les titres de séjour en 2025 », Les Essentiels de l’immigration n° 144, 30 juin 2026 (377 462 premiers titres et +9,2 %, répartition par motif, 944 495 renouvellements, stock de 4,5 millions, régularisations).
  6. [6] Ministère de l’Intérieur, DGEF, « Les demandes d’asile en 2025 », Les Essentiels n° 146, 30 juin 2026, données définitives (116 944 premières demandes, 78 783 protections accordées, taux synthétique de protection de 52,1 %).
  7. [7] Ministère de l’Intérieur, « Les étrangers en France », rapport au Parlement 2024 et « Les chiffres clés de l’immigration 2024 » (145 107 mesures prononcées, éloignements exécutés, couples par pays, comparaison européenne de l’asile, incomparabilité avec l’INSEE, impossibilité de mesurer l’immigration irrégulière, limites de l’indicateur AME).
  8. [8] Ministère de l’Intérieur, DGEF, « Les éloignements d’étrangers en situation irrégulière en 2025 », Les Essentiels n° 149, 30 juin 2026 (14 133 éloignements forcés, 23 549 au total, 175 051 interpellations ; le chapô de cette publication a conservé les pourcentages provisoires de janvier, que son corps de texte corrige).
  9. [9] Ministère de l’Intérieur, DGEF, « L’accès à la nationalité française pour l’année 2025 », Les Essentiels n° 147, 30 juin 2026 (98 139 acquisitions, −5,3 %, circulaire du 2 mai 2025).
  10. [10] Ministère de l’Intérieur, DGEF, « Activité, emploi et chômage des immigrés de 2014 à 2024 », Les Essentiels n° 134, 22 octobre 2025, d’après l’enquête Emploi de l’INSEE (chômage de 11,7 % contre 6,9 %, baisse de 6 points depuis 2014, formes d’emploi).
  11. [11] OCDE, International Migration Outlook 2021, chapitre 4, 28 octobre 2021 (contribution nette de la population née à l’étranger et des natifs, quatre périmètres, moyenne 2006-2018, en points de PIB). L’édition 2025 ne comporte pas de chapitre budgétaire.
  12. [12] Conseil d’analyse économique, Lionel Ragot, « Immigration et finances publiques », Focus n° 072, novembre 2021, publié sous la responsabilité de son auteur et synthèse de littérature (fourchette de ± 0,5 % du PIB, contribution globalement négative sur 1979-2011, absence de responsabilité dans le déficit primaire).
  13. [13] INSEE, « Projections de population à l’horizon 2070 », Insee Première n° 2108, juin 2026, et Conseil d’orientation des retraites, rapport annuel de juin 2026 (hypothèse de +150 000 et fourchette de ±80 000, croissance de la population due au seul solde migratoire jusqu’en 2037, effet de 1,1 point de PIB sur les dépenses de retraite en 2070 et ses réserves).
  14. [14] Cour des comptes, notes d’exécution budgétaire 2025, missions « Immigration, asile et intégration » et « Santé », avril 2026 (2 081,19 M€ en crédits de paiement, 7,7 Md€ du document de politique transversale, 82 % des crédits pour l’hébergement et l’allocation, montants et bénéficiaires de l’aide médicale de l’État).
  15. [15] Eurostat, tables migr_pop1ctz (population au 1er janvier par nationalité) et migr_resfirst (premiers titres de séjour), interrogées le 28 août 2026, et sa métadonnée méthodologique migr_resval (absence d’agrégat européen au 1er janvier 2025, exclusion des bénéficiaires de la protection temporaire).

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