École : le niveau baisse-t-il, et à quoi tient-il ?

Le niveau scolaire des élèves français baisse depuis une génération, et ce n’est pas une impression : en mathématiques, les élèves de 15 ans sont passés de 511 points en 2003 à 474 en 2022 dans l’enquête PISA, et en CM1, la France est à 484 points contre 524 pour la moyenne des pays de l’Union européenne. Dans le même temps, la dépense d’éducation atteint 197,1 milliards d’euros, 6,8 % du PIB, et les classes de CP en éducation prioritaire sont passées de 21,7 à 12,8 élèves. Un camp voit dans ces chiffres une école qui manque de moyens, l’autre une école qui en a et les emploie mal. Voici les faits, puis les deux plaidoiries.

Par La rédaction du Contradictoire

En trois points

  1. La baisse est mesurée, longue et générale : en calcul, à la fin du CM2, 1,2 écart-type de moins entre les enfants nés au milieu des années 1970 et ceux nés au milieu des années 2000 ; en mathématiques à 15 ans, 511 points en 2003 et 474 en 2022. Sur leurs derniers cycles, les enquêtes internationales en CM1 sont stables, sous la moyenne européenne.
  2. Les moyens ne manquent pas partout de la même façon : la France dépense 13 % de moins que la moyenne de l’OCDE par élève d’élémentaire et 24 % de plus par lycéen, ses élèves ont plus d’heures de classe et ses enseignants d’élémentaire gagnent 26 % de moins que les autres diplômés du supérieur.
  3. Le levier le mieux évalué de nos sources, les CP dédoublés en éducation prioritaire, donne à la fin du CE1 une avance équivalente à 16 % de l’écart entre REP+ et hors éducation prioritaire en français, 38 % en mathématiques, et plus aucune différence statistiquement significative à l’entrée en sixième. Pour le reste, le Haut-commissariat à la stratégie n’a trouvé « presque aucun travail académique » qui départage les explications.

Le mot à connaître, « écart-type » : la mesure de la dispersion des résultats autour de la moyenne. L’enquête internationale TIMSS fixe sa moyenne à 500 points et l’écart-type à 100 : dire qu’un niveau a baissé de 0,75 écart-type, c’est dire que l’élève moyen d’aujourd’hui se situe là où se situait, il y a trente ans, un élève nettement en dessous de la moyenne. C’est l’unité qui permet de comparer des enquêtes qui n’ont ni la même échelle ni les mêmes élèves.

1La question bête

Comment sait-on que le niveau scolaire baisse ?

Parce qu’on pose les mêmes exercices à des élèves du même âge à des années de distance. Trois familles de mesures le font. Les enquêtes internationales, PISA à 15 ans, TIMSS en CM1 et en quatrième, PIRLS en CM1, comparent la France aux autres pays et à elle-même : en mathématiques à 15 ans, 511 points en 2003, 474 en 2022 [1] ; en quatrième, une baisse de 0,75 écart-type entre les élèves testés en 1995 et ceux testés en 2023 [1]. Les enquêtes nationales sur échantillon de la DEPP, le service statistique du ministère, remontent plus loin : à la fin du CM2, le niveau en calcul a « chuté de 1,2 écart-type » entre les enfants nés au milieu des années 1970 et ceux nés au milieu des années 2000 [1], et la même dictée donnée en CM2 compte 10,7 erreurs en moyenne en 1987, 19,4 en 2021 [6]. Concrètement, la dictée n’a pas changé, les élèves non plus par l’âge : c’est le nombre de fautes qui est passé de 10,7 à 19,4, et c’est la DEPP qui le mesure [6].

La troisième famille, ce sont les évaluations nationales que passent tous les élèves du CP au CM2 et de la sixième à la quatrième, les plus anciennes, en sixième, depuis 2017 [9][13]. Elles racontent autre chose : en sixième, le score moyen en français est de 256 points en 2024, 6 points de plus qu’en 2017, et de 254 en mathématiques, 4 points de plus [9]. La DEPP les compare d’une année à l’autre à exercices identiques, mais le Haut-commissariat rappelle qu’elles n’ont pas été « conçues pour permettre la comparaison des scores des différentes cohortes d’élèves » [1]. Les deux lectures ne se contredisent pas, elles ne mesurent pas la même période : la chute est celle d’une génération, la stabilité récente celle des quatre à sept dernières années. Sur leurs derniers cycles, les enquêtes internationales en CM1 ne bougent plus, 485 en 2019 puis 484 en 2023 en mathématiques [3], et la lecture est stable depuis 2016, à un niveau comparable à celui de 2011 [5].

2En chiffres

Que disent les chiffres du niveau et des moyens ?

474
points en mathématiques à 15 ans dans PISA 2022, contre 511 en 2003
Une baisse « sans précédent » sur la période récente selon l’OCDE [2]
484
points en mathématiques en CM1 dans TIMSS 2023, contre 524 en moyenne dans les 22 pays de l’UE participants
15 % des élèves sous le niveau bas, 7 % dans l’UE [3]
197,1 Md€
de dépense d’éducation en 2024, 6,8 % du PIB, soit 9 080 € par élève du premier degré
Contre un maximum de 7,8 % du PIB au milieu des années 1990 [7]
26 %
d’écart entre le salaire effectif d’un enseignant d’élémentaire et celui des autres diplômés du supérieur, en 2024
17 % en moyenne dans l’OCDE [8]

Retenez le deuxième carreau. Le 484 vient avec une marge : la DEPP précise que le score de la France se situe « avec une probabilité de 95 %, entre 478 et 490 » [3], ce qui n’entame pas l’écart d’une quarantaine de points avec la moyenne européenne. Aux deux bouts de l’échelle, 15 % des élèves de CM1 n’atteignent pas le niveau bas, le premier des seuils de compétence de l’enquête, en mathématiques, 7 % dans l’UE, et 3 % atteignent le niveau avancé, 9 % dans l’UE [3]. En quatrième, le score du premier décile, celui sous lequel se trouvent les 10 % d’élèves les plus faibles, est passé de 393 à 372 points entre 2019 et 2023 [4].

Les moyens se lisent en trois chiffres, de trois périmètres, qui ne vont pas dans le même sens. La part de l’éducation dans le PIB est de 6,8 % en 2024, sous son maximum de 7,8 % du milieu des années 1990 [7]. Par élève, la France dépense 13 % de moins que la moyenne de l’OCDE en élémentaire, 11 135 dollars contre 12 730, et 24 % de plus au lycée, 18 127 contre 14 562 [8]. Et l’encadrement s’est resserré : 18,4 élèves par enseignant dans le premier degré public en 2024, contre 20,8 en 2015 ; dans la comparaison européenne, en élémentaire, la France est à 18,1, l’un des taux les plus élevés de l’UE après la Roumanie [9].

3Le graphique
CM1 : la France sous la moyenne européenne dans les trois enquêtes.
Score moyen des élèves de CM1 en mathématiques et en sciences (TIMSS 2023) et en lecture (PIRLS 2021), France et moyenne des pays de l’Union européenne participants. Échelle de 400 à 550 points ; la moyenne internationale de TIMSS est fixée à 500 et l’écart-type à 100, celle de PIRLS à 500.
Mathématiques · France
484
Mathématiques · moyenne des 22 pays de l’UE
524
Sciences · France
488
Sciences · moyenne des 22 pays de l’UE
518
Lecture · France
514
Lecture · moyenne européenne
527
Sources : DEPP, notes d’information n° 24.47 [3] et n° 23.21 [5]

Le graphique dit deux choses. La France est sous la moyenne européenne dans les trois matières, de 40 points en mathématiques, 30 en sciences, 13 en lecture [3][5]. Et l’écart n’est pas le même partout : en lecture, la France a réduit sa distance à l’Europe, de 28 points en 2016 à 15 en 2021 sur les pays présents aux deux cycles, parce que la moyenne européenne a baissé de 11 points et que la France est restée stable [5]. Ce que le graphique ne dit pas, c’est le temps passé : les enseignants français déclarent 308 heures de français par an en CM1 contre 228 pour leurs collègues européens [5], et 169 heures de mathématiques contre 149 [3]. Ni la paie : 49 462 dollars à quinze ans d’expérience en élémentaire, contre 59 673 en moyenne dans l’OCDE [8].

4Les deux camps↑ Sommaire

Moyens ou méthodes : le débat, plaidoirie contre plaidoirie

Les deux camps lisent les mêmes enquêtes, celles de la DEPP et de l’OCDE [2][8][10], et se séparent sur ce qui manque. Deux plaidoiries, à égalité de place : « L’école manque de moyens là où ils comptent, au primaire et dans la paie des enseignants » · « L’école a les moyens et le temps, c’est ce qu’elle en fait qui a changé »

Camp A · partisans des moyens, classes moins chargées, salaires et recrutement

« L’école manque de moyens là où ils comptent, au primaire et dans la paie des enseignants »

  • Le primaire est le parent pauvre. La France dépense 13 % de moins que la moyenne de l’OCDE par élève d’élémentaire et 24 % de plus par lycéen [8], et compte 18,1 élèves par enseignant en élémentaire, l’un des taux les plus élevés de l’Union européenne [9]. Pour ce camp, c’est là que tout se joue, et c’est là qu’on dépense le moins.
  • Les enseignants sont mal payés, et on ne les trouve plus. À quinze ans d’expérience, un enseignant d’élémentaire gagne 49 462 dollars par an contre 59 673 en moyenne dans l’OCDE, et son salaire effectif est inférieur de 26 % à celui des autres diplômés du supérieur [8]. En 2022, 67 % des élèves de 15 ans étaient dans un établissement dont le chef déclarait un manque d’enseignants, contre 17 % en 2018 [2].
    Le détail des chiffres

    Salaire statutaire à quinze ans d’expérience, en 2024 : 49 462 dollars en préélémentaire et élémentaire, 53 086 dans le secondaire, contre 59 673 et 61 563 dans l’OCDE [8]. Un professeur des écoles débute à 2 680 euros bruts par mois [9]. Et 7 % des enseignants estiment leur profession valorisée dans la société, quatre fois moins que la moyenne de l’OCDE [1].

  • Quand on met les moyens, ça marche. À la fin du CE1, les élèves des CP dédoublés en REP+, les réseaux d’éducation prioritaire renforcés, devancent des élèves de REP non dédoublés d’une avance équivalente à 16 % de l’écart qui séparait, à l’entrée au CP, les élèves de REP+ de ceux hors éducation prioritaire en français, et à 38 % en mathématiques, des effets « statistiquement significatifs » [10]. Pour ce camp, c’est la preuve que la taille des classes agit, et l’argument pour l’étendre.
  • La baisse touche d’abord ceux qui ont le moins.L’écart entre élèves favorisés et défavorisés est de 113 points en mathématiques à 15 ans, contre 93 en moyenne dans l’OCDE [2], et en quatrième, le score des 10 % d’élèves les plus faibles a reculé de 393 à 372 points entre 2019 et 2023 [4]. Pour ce camp, une école qui décroche par le bas est une école qui manque de bras.
S’appuie sur : OCDE (Regards sur l’éducation, PISA), DEPP (État de l’École, TIMSS, synthèse sur la taille des classes), Haut-commissariat à la stratégie et au plan.
Camp B · partisans des méthodes, pratiques de classe, formation et contenus

« L’école a les moyens et le temps, c’est ce qu’elle en fait qui a changé »

  • Plus d’argent, moins de niveau. La Cour des comptes le constate : « en dépit d’une augmentation constante ces dix dernières années de la dépense consacrée à l’école primaire, le niveau des élèves a suivi une tendance inverse » [11]. L’OCDE ajoute qu’au-delà de 75 000 dollars de dépense cumulée par élève entre 6 et 15 ans, dépenser plus n’est plus associé à de meilleurs scores, et la France est à 109 600 [2].
  • Les élèves français ont déjà plus d’heures que les autres. 864 heures d’instruction obligatoire par an en élémentaire contre 804 dans l’OCDE [8], 308 heures de français en CM1 contre 228 chez les voisins européens [5]. Pour ce camp, ce n’est pas le temps qui manque, c’est ce qu’on en fait : 33 % des professeurs de CM1 déclarent enseigner régulièrement le décodage des sons, 56 % en Europe [5].
  • Les petites classes ne tiennent pas jusqu’en sixième. Les effets du dédoublement des CP et CE1 « n’apparaissent plus à l’entrée de 6e » [10], et l’étude des pratiques en classe réduite « ne fait pas apparaître de changement très net » [10]. Pour ce camp, diviser une classe par deux sans changer ce qu’on y fait n’a pas d’effet mesurable trois ans plus tard.
    Le détail des chiffres

    En REP+, les CP sont passés de 21,6 élèves en 2016 à 13,1 en 2017 [10]. L’avance mesurée à la fin du CE1, équivalente à 16 % de l’écart REP+/hors éducation prioritaire en français et 38 % en mathématiques, n’est plus statistiquement significative à l’entrée en sixième [10]. Pour ce camp, c’est le signe que le levier est ailleurs.

  • La formation, pas le nombre. En 2023, 26 % des enseignants de CM1 déclarent n’avoir suivi aucune formation en mathématiques en deux ans, et ils y consacrent 169 heures par an contre 180 prescrites [3]. La Cour des comptes écrit que « la qualité de l’enseignement est de loin le premier levier » [11]. Pour ce camp, le chantier est dans la classe, pas dans le budget.
S’appuie sur : Cour des comptes (enseignement primaire), OCDE (PISA, Regards sur l’éducation), DEPP (TIMSS, PIRLS, synthèse sur la taille des classes).

Camp A : 392 mots, 6 sources · Camp B : 360 mots, 6 sources

5Vrai ou faux ?↑ Sommaire

Trois idées reçues, au banc d’essai

« Le niveau baisse, c’est une impression de vieux. »

Faux

C’est mesuré, avec les mêmes exercices à des années de distance. En calcul à la fin du CM2, 1,2 écart-type de moins entre les générations nées au milieu des années 1970 et au milieu des années 2000 [1] ; à la même dictée, 10,7 fautes en 1987 et 19,4 en 2021 [6] ; en mathématiques à 15 ans, 511 points en 2003 et 474 en 2022 [1]. Ce qui est vrai, c’est que la baisse s’est arrêtée récemment en CM1 : 485 en 2019, 484 en 2023 [3]. Pas à 15 ans, où la baisse récente en mathématiques est « sans précédent » selon l’OCDE [2].

« On n’a jamais mis aussi peu d’argent dans l’école. »

Selon le niveau

En part du PIB, oui, c’est moins qu’au milieu des années 1990 : 6,8 % en 2024 contre un maximum de 7,8 % [7]. Mais la dépense atteint 197,1 milliards d’euros, 9 080 euros par élève du premier degré, en hausse de 4,8 % en un an à prix constants, c’est-à-dire hors inflation, parce que la dépense augmente (+ 3,5 %) et que le nombre d’élèves baisse (− 1,2 %) [7]. Et selon le niveau, la France dépense moins que l’OCDE par élève d’élémentaire, 13 % de moins, et beaucoup plus par lycéen, 24 % de plus [8]. La phrase est vraie pour l’élémentaire, fausse pour le lycée.

« Les classes à douze élèves, ça ne sert à rien. »

Faux à court terme, plus d’effet mesuré ensuite

À la fin du CE1, les élèves des CP dédoublés en REP+ devancent des élèves de REP non dédoublés d’une avance équivalente à 16 % de l’écart entre REP+ et hors éducation prioritaire en français, 38 % en mathématiques, des effets « statistiquement significatifs » [10]. Ça sert donc, à court terme. Mais ces bénéfices « n’apparaissent plus à l’entrée de 6e » [10] : trois ans plus tard, au niveau national, aucune différence statistiquement significative ne distingue les élèves qui en ont profité des autres. Les deux camps lisent ce résultat chacun dans son sens.

6Et chez les voisins ?↑ Sommaire

Que font les pays qui réussissent mieux ?

Nos sources permettent de comparer, pas d’expliquer. En CM1, la France est sous la moyenne des 22 pays de l’Union européenne participant à TIMSS de 40 points en mathématiques et 30 en sciences [3], et sous la moyenne européenne de PIRLS de 13 points en lecture [5]. Elle y arrive avec plus d’heures : 864 heures d’instruction obligatoire par an en élémentaire contre 804 dans l’OCDE, et 16 semaines de vacances contre 13,5 [8]. Ses classes d’élémentaire comptent 21,6 élèves en 2023, contre 23,4 dix ans plus tôt, près de la moyenne de l’OCDE, 21 [8]. Et ses enseignants d’élémentaire sont payés 49 462 dollars à quinze ans d’expérience contre 59 673 en moyenne dans l’OCDE [8].

Deux différences de pratiques ressortent des enquêtes. En lecture, 33 % des professeurs français de CM1 déclarent enseigner régulièrement des méthodes pour décoder les sons et les mots, contre 56 % de leurs collègues européens, et 44 % déclarent ne jamais le faire, contre 19 % [5]. En mathématiques, 26 % des enseignants français de CM1 n’ont suivi aucune formation en deux ans, contre 30 % dans l’UE, et la France est le pays où l’écart entre garçons et filles est le plus grand, 23 points, contre 6 en 2015 [3]. Aucune de ces enquêtes ne dit lequel de ces écarts explique le score.

7Concrètement, pour vous↑ Sommaire

Si vous avez un enfant à l’école, il passe des évaluations nationales du CP au CM2 et de la sixième à la quatrième : 817 000 élèves de sixième en septembre 2025 [13]. Ces évaluations servent à repérer les difficultés d’un élève, pas à mesurer le niveau d’une génération ; pour cela, les enquêtes sur échantillon de la DEPP et les enquêtes internationales restent la référence [1].

En élémentaire, sa classe compte en moyenne 21,6 élèves, et il a 864 heures de classe par an au programme [8] ; en CM1, les enseignants déclarent y consacrer environ 308 heures au français et 169 aux mathématiques [3][5]. S’il est en CP ou en CE1 en éducation prioritaire, sa classe compte en moyenne 12,8 élèves en CP et 12,9 en CE1 en 2024 [9].

Concrètement, au collège, les « groupes de besoin » en français et en mathématiques ont mobilisé 2 300 emplois à la rentrée 2024 en sixième et cinquième, et le Sénat estimait qu’un tiers des collèges les avaient mis en place complètement, un tiers pas du tout [12]. Nos sources ne contiennent aucune évaluation de leur effet.

8Établi / Disputé↑ Sommaire

Niveau des élèves : qu’est-ce que les chiffres tranchent, et que laissent-ils ouvert ?

Établi : la baisse sur une génération, en calcul, en orthographe et en mathématiques à 15 ans [1][2][6] ; la position de la France sous la moyenne européenne en CM1 et en quatrième, et la stabilité depuis 2019 [3][4][5] ; le niveau de la dépense, 6,8 % du PIB, sa répartition, moins en élémentaire et plus au lycée que l’OCDE [7][8] ; le temps d’instruction supérieur à la moyenne [5][8] ; le salaire des enseignants inférieur à celui des autres diplômés [8] ; l’effet des CP dédoublés à la fin du CE1 et son absence à l’entrée en sixième [10].

Disputé : ce qui a causé la baisse. Le Haut-commissariat à la stratégie recense cinq familles d’hypothèses, les élèves et les écrans, les enseignants, les pratiques, les programmes, l’organisation, et n’a trouvé « presque aucun travail académique » qui les départage dans le cas français [1]. Disputé aussi : ce que prouve la disparition de l’effet des petites classes en sixième, un levier qui s’épuise pour un camp, un levier mal exploité pour l’autre [10]. Et une question que les chiffres ne posent pas : qui décide de ce qui se passe dans la classe, et avec quels moyens.

9À retenir↑ Sommaire

En trois points

  1. La baisse est mesurée, longue et générale : en calcul, à la fin du CM2, 1,2 écart-type de moins entre les enfants nés au milieu des années 1970 et ceux nés au milieu des années 2000 ; en mathématiques à 15 ans, 511 points en 2003 et 474 en 2022. Sur leurs derniers cycles, les enquêtes internationales en CM1 sont stables, sous la moyenne européenne.
  2. Les moyens ne manquent pas partout de la même façon : la France dépense 13 % de moins que la moyenne de l’OCDE par élève d’élémentaire et 24 % de plus par lycéen, ses élèves ont plus d’heures de classe et ses enseignants d’élémentaire gagnent 26 % de moins que les autres diplômés du supérieur.
  3. Le levier le mieux évalué de nos sources, les CP dédoublés en éducation prioritaire, donne à la fin du CE1 une avance équivalente à 16 % de l’écart entre REP+ et hors éducation prioritaire en français, 38 % en mathématiques, et plus aucune différence statistiquement significative à l’entrée en sixième. Pour le reste, le Haut-commissariat à la stratégie n’a trouvé « presque aucun travail académique » qui départage les explications.
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Sources

  1. [1] Haut-commissariat à la stratégie et au plan, Pierre-Yves Cusset, « Niveau scolaire : faut-il s’inquiéter ? », note d’analyse n° 155, juin 2025, et l’édito de Clément Beaune du 18 juin 2025 (474 contre 511 points, 1,2 et 0,75 écart-type, 246 contre 170 points, cinq familles d’hypothèses, 7 % d’enseignants qui se sentent valorisés).
  2. [2] OCDE, PISA 2022 Results, note pays France, décembre 2023 (baisse « sans précédent » en mathématiques, parts sous le niveau 2, écart de 113 points contre 93, 67 % contre 17 % d’établissements en manque d’enseignants, 75 000 et 109 600 dollars).
  3. [3] DEPP, note d’information n° 24.47, TIMSS 2023 en CM1, décembre 2024 (484 contre 524, 488 contre 518, intervalle 478-490, 15 % et 3 %, 23 points d’écart filles-garçons, 169 heures, 26 % sans formation).
  4. [4] DEPP, note d’information n° 24.48, TIMSS 2023 en quatrième, mathématiques, décembre 2024 (479 contre 507, premier décile de 393 à 372).
  5. [5] DEPP, note d’information n° 23.21, PIRLS 2021, mai 2023 (514 contre 527, 520 en 2011, écart avec l’UE de 28 à 15 points, 308 heures contre 228, décodage 33 % contre 56 %).
  6. [6] DEPP, note d’information n° 22.37, orthographe en CM2 de 1987 à 2021, décembre 2022 (10,7 puis 19,4 erreurs, 27,5 % à 25 erreurs ou plus).
  7. [7] DEPP, note d’information n° 25.52, la dépense d’éducation en 2024, septembre 2025, et Repères et références statistiques 2025, fiche 10.01 (197,1 milliards, 6,8 % du PIB, 9 080 euros, +4,8 %, maximum de 7,8 %).
  8. [8] OCDE, Regards sur l’éducation 2025, note pays France, septembre 2025 (dépense par élève, salaires statutaires et effectifs, 864 heures, 16 semaines, 21,6 élèves par classe).
  9. [9] DEPP, L’état de l’École 2025, novembre 2025 (6 260 600 élèves, 18,4 et 18,1 élèves par enseignant, CP de 21,7 à 12,8 élèves, 256 et 254 points en sixième, 2 680 euros bruts).
  10. [10] DEPP, Andreea Charpentier, « Réduction de la taille de classe en éducation prioritaire », synthèse n° 8, février 2026 (21,6 puis 13,1 élèves, 16 % et 38 % de l’écart, absence d’effet à l’entrée en sixième, pratiques).
  11. [11] Cour des comptes, « L’enseignement primaire », rapport public thématique, synthèse, mai 2025 (dépense en hausse et niveau en baisse, plus d’heures sur les fondamentaux, qualité de l’enseignement premier levier).
  12. [12] Sénat, rapport général sur le projet de loi de finances pour 2025, mission « Enseignement scolaire », novembre 2024 (2 300 emplois pour les groupes de besoin, un tiers des collèges).
  13. [13] DEPP, note d’information n° 26.21, évaluations exhaustives de sixième, cinquième et quatrième 2025 (817 000 élèves de sixième en septembre 2025), et note n° 26.18, Repères 2025, français, du CP au CM2, juin 2026.

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